Chronique.
...
FRANCE.
Un arrêté du ministre des finances du 7 octobre dernier permet
à l'industrie privée la confection et
la vente des cartes postales. Ces cartes doivent avoir 0 m. 12 de
largeur et 0 m. 08 de hauteur.
Leur poids ne doit pas être inférieur à 2 grammes ni dépasser
5 grammes. Les indications sur
les cartes que vend la poste, doivent être exactement
reproduites. Aucune carte ne peut être mise
en vente sans être munie du timbre-poste, mesure que nous ne
comprenons absolument pas. Il n'y a
rien de changé aux dispositions antérieures concernant les
cartes postales.
...
Page 92 - De quelques termes employés en timbrologie.
A Monsieur le Directeur du Timbre-Poste.
A la dernière séance de la Société française de Timbrologie,
M. de Joannis est venu lui poser la
question suivante : Que doit-on entendre par type ou variété ?
En attendant la réponse que la
Société pourra lui faire, je viens vous soumettre quelques
réflexions sur ce sujet et quelques autres
expressions en usage en timbrologie, à titre de simple amateur
prêt à accepter la manière de voir qui
obtiendra l'assentiment de la majorité. Mais je demande à
rectifier un des mots de la question. Que
doit-on entendre par type et par variété ? Car j'espère vous
démontrer que type et variété n'expriment
pas la même chose.
Cette discussion a été soulevée à l'occasion de l'article que
vous avez publié sur les Cartes de
Finlande, après celui de MM. De Joannis et Breitfuss et dans
lequel vous n'admettez pas un aussi
grand nombre de types que ces Messieurs. Comme les lecteurs du
Timbre-Poste ont sous les yeux les
pièces du procès, ils sont â même de le juger.
Je pars d'un principe que tous les amateurs accepteront, je n'en
doute pas. C'est que la timbrologie,
science nouvelle, doit emprunter aux sciences qui l'ont
précédée leurs locutions et termes, et leur
attribuer la même signification. Or la timbrologie, qui étudie
les monnaies de papier, ne saurait mieux
faire que de s'adresser à la numismatique, sa sur aînée.
D'une manière générale, type veut dire modèle, figure
originale ; en numismatique, tout sujet représenté
sur une pièce : ces deux définitions rapprochées l'une de
l'autre ont donc la môme signification.
Dans les sciences physiques et naturelles, on désigne sous ce
nom l'ensemble des caractères distinctifs
d'un groupe, d'une famille ou d'une race.
Cette dernière définition montre que pour distinguer un type,
il suffit d'un ensemble de caractères
et non de tous les caractères ; qu'il peut y avoir des
différences qui servent à distinguer les espèces,
variétés ou individus, et c'est un point important comme nous
le verrons tout à l'heure. Donc le dessin
caractérise le type, le dessin dans toutes ses lignes
principales, et non dans ses détails les plus
minutieux. Autrement dit, il suffira que deux timbres aient le
même dessin à l'il nu, pour qu'ils
soient du même type. En numismatique, il n'est pas nécessaire
que deux pièces soient de même dimension
pour qu'elles soient au même type. Ainsi les pièces françaises
d'argent de 5, 2, 1 francs,
50 et 20 centimes frappées actuellement, quoique différentes de
grandeur en module, sont au type
Effigie de la République (Une Cérès, disent les purs, et non
une République, parce qu'elle est couronne de tresses et
d'épis)
Appliquons ces données aux cartes de Finlande, MM. De Joannis et
Breitfuss, pour l'émission du
1er octobre 1871 , établissent quatres types et neuf planches.
Ils en donnent une description minutieuse;
et cependant, si l'on examine toutes ces cartes, on trouve le
même dessin de la carte, le
même timbre, tout ce qui, enfin, caractérise un seul et même
type. Ce qu'ils décrivent comme des
types ne peut se rapporter qu'à de simples variétés, et encore
ne saurions-nous être d'accord avec ces Messieurs.
La carte qui nous occupe est lithographiée. Très probablement,
un seul et même dessin a été fait sur
pierre et pour la facilité, multiplié par transport.
Nous en voulons pour preuve le nombre des traits de la grecque
qui sont de 228 sur les côtés horizontaux
et de 146 sur les verticaux, lors même que la longueur des
côtés diffère de 1 à 2 millimètres !
D'où vient cette différence de longueur ?
D'abord en faisant le report, le papier employé ne subit pas
toujours, lorsqu'il est mouillé, le même
degré de dilatation ; par suite, la planche formée d'un certain
nombre de reports de la même matrice
peut représenter autant de variétés que de cartes.
Enfin l'impression se faisant sur des cartes mouillées, toutes
les feuilles n'éprouvent pas, par suite,
le même retrait par la dessication, nouvelle cause puissante de
variation. Il y a plus, la consistance
de la carte, son épaisseur, le degré de pression employé par
l'impression lithographique influent très
notablement. Voilà donc une série de causes qui explique les
différences trouvées par ces amateurs.
Tout au plus pourrait-on y voir des variétés, non des types,
car en ce qui concerne le dessin toutes
les cartes, d'après notre supposition, proviennent de la même
pierre.
Du timbre de ces cartes nous ne disons rien, parce qu'il est
imprimé séparément et par le procédé
de la typographie.
Mais s'il n'y a qu'un type et qu'une variété de dessin de la
carte, il y a plusieurs variétés d'après
l'inscription, suivant que le tirage a eu lieu avant ou après
correction. Vous les avez signalées; il y
en a d'autres d'après la couleur de l'impression et d'après
celle du carton ; il est facile de les multiplier.
Appliquons cette méthode aux émissions suivantes.
Celle du 1er octobre 1872 est d'un 2e type, parce que la
légende, au lieu d'être en Suédois seulement,
est de plus en Finnois et en Russe. La disposition de cette
inscription est tout à fait différente, sur
une ligne droite au lieu d'une ligne cintrée, fait saillant et
qui se reconnaît à première vue et constitue
un nouveau dessin de la carte. L'addition à cette carte d'une
inscription noire dans le bas ne
forme pas un nouveau type, mais une simple variété, pas plus
que le mot service ou Officiel en surcharge
sur un timbre, ne peut en faire un autre type.
Doit-on considérer comme un troisième type la carte du ler juin
1873 ? Nous le pensons, à cause
des différences tout à fait saillantes des inscriptions ; mais
nous n'en dirons peut-être pas autant
de la carte du 1er janvier 1874. Il est hors de doute qu'il y a
eu une composition nouvelle ; il n'est pas
nécessaire de recourir à la loupe ponr le reconnaître, et
cependant si l'on ne considère que l'aspect
général, il n'y a pas de différence qui saute immédiatement
aux yeux. Il faut une étude et une
comparaison attentives. Nous en ferions plutôt une variété
qu'un type, mais nous admettons qu'on lui
donne ce dernier nom.
Nous sommes donc loin des neuf types de MM. De Joannis et
Breitfuss ; nous ne reconnaissons
même pas toutes leurs variétés. La différence de dimension du
cadre est un fait à noter, mais pas avec
ce luxe de variétés qu'on trouve dans l'article anglais.
En résumé, type indique le sujet représenté. Les petites
variétés que peut présenter le dessin pourraient
en français s'indiquer par le mot sous-type ; mais ce mot n'est
guère en usage. Notre langue
n'est pas riche et c'est sur le mot variété qu'il faut se
rabattre.
Variété indique de très-petites différences dans les détails
du dessin, mais il s'applique aussi à
d'autres particularités.
On me fera peut-être l'objection que le mot type a été
précisément employé par diverses personnes
et par nous-même pour désigner de très petites différences de
dessin. Rigoureusement,
c'est une faute qu'il importerait de redresser pour ne la plus
commettre à l'avenir. Mais dans ces cas
le mot type étant employé comme synonyme de sous-type, il est
évident que les auteurs ne veulent
pas indiquer par ce terme un sujet spécial, mais de petites
particularités de dessin. C'est ce qu'il sera
facile de reconnaître.
Après avoir satisfait à la demande de M. De Joannis, je
prendrai la liberté de lui poser la question
que j'ai déjà soumis à la Société : Qu'est-ce qu'une
émission ?
Quand un pays décide la création de cinq valeurs de timbres,
par exemple, comme premier emploi du
système timbre-postal, il fait une émission.
Plus tard, s'il éprouve le besoin de compléter sa série par la
mise en circulation d'une ou deux
valeurs nouvelles, c'est une émission complémentaire. Jusqu'ici
pas de doute. Supposons maintenant
que pour un motif quelconque il vienne à décider le changement
du type, par exemple la
substitution d'un timbre armoiries à un timbre effigie ; c'est
là une émission nouvelle, et si cette
nouvelle émission comprend ses timbres, peu importe qu'ils
paraissent tous ensemble ou qu'ils ne
soient émis que successivement et au fur et à mesure de
l'épuisement de la provision des anciens
timbres. Chacun des timbres peut même présenter un type
différent, comme aux États-Unis. Le changement
du ou des types est le caractère pathognomonique de l'émission,
mais ce n'est pas le seul. Quelquefois, on
se contente de changerla couleur des timbres. Témoin l'émission
de 1862 de Tour et Taxis, qui a remplacé
celle de 1859 ; ou bien l'impression nuire sur papier de couleur
variée est remplacée par
l'impression de couleur sur papier blanc comme en 1859, pour
celle de 1852, du même office. Sont-ce
de nouvelles émissions ? Oui, car le fait est saillant et facile
à reconnaître. Il est encore un autre
cas qu'on vient d'observer en Allemagne. C'est celui de
l'adoption d'une monnaie nouvelle. Il est arrivé
que la partie de la légende qui exprime la valeur est seule
changée. N'est-ce pas là une nouvelle
émission ? Mais nous ne saurions en voir une dans l'emploi de
dentelures ou dans la variation de la
dentelure pour séparer les timbres, dans le cbangement de la
forme d'une enveloppe ou du dessin de
la patte, etc. Ce sont là de simples variétés, des tirages
différents d'une même émission et non de
nouvelles émissions. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas les
noter, mais en faire des émissions,
c'est autre chose. De même l'emploi d'un papier avec filigrane,
au lieu et place d'un papier uni ou
avec un filigrane différent ne peut servir à établir une
émission. Le filigrane passe facilement inapperçu.
Il est aisé de dire qu'une émission est celle qui a été
ordonnée par un acte de l'autorité publique
pour la mise en service de timbres. Mais comment connaître les
lois et décrets rendus sur la matière ?
On a déjà bien assez de peine à obtenir des renseignements
précis sur les dates des émissions vraies.
Que sera-ce de ces détails ? Nous admettons sans peine que le
plus grand nombre des changements
de filigrane n'a pas été l'effet du hasard, mais d'un décret.
Cependant tous ont-ils la même importance ?
Aussi pensons-nous qu'on doit considérer comme caractérisant
une émission :
Tout changement dans le type, la légende d'un timbre, ou
l'adoption de couleurs radicalement
différentes, ou l'apparition de valeurs nouvelles ou quelquefois
l'addition d'une surcharge indiquant
un usage spécial. Tout le surplus sert à caractériser des
variétés ou des tirages.
Je termine par une dernière remarque. Nous avons pris l'habitude
d'appeler légende toute l'inscription
que porte un timbre. En numismatique on donne ce nom à celle qui
est placée circulairement
autour du type, tandis que l'inscription proprement dite est
formée à une ou plusieurs lignes
horizontales remplaçant le type ou l'accompagnant.
Il doit en être de même en timbrologie. Tout ce qui est écrit
sur le cadre d'un timbre autour du
type devra former la légende. L'inscription sera formée de
lignes horizontales remplaçant ou accompagnant
le type sur le champ.
Rappelons qu'en numismatique on appelle champ la partie de la
pièce qui est occupée par le type, et
exergue la partie du champ séparée par une barre ou tout autre
signe. Cette dernière expression ne
trouvera guère d'application pour les timbres.
A mesure que la timbrologie prend les caractères d'une science,
elle doit en acquérir la précision,
Pour cela elle doit emprunter aux autres sciences les termes qui
expriment des idées ou des faits
communs. Car on l'a dit il y a longtemps avec raison :
Il n'y a rien de nouveau sous le soleil.
Dr Magnus.
Page 95 - Quelques lignes d'histoire à
propos de timbrés, par le Dr
Wonner.
Société française de Timbrologie.
Séance du 4 Novembre 1875.
Présidence de M. A. de Rothschild.
La séance est ouverte à 8 1/4 heures.
La correspondance comprend des demandes de bulletin et
d'admission ; une lettre de M. Pardo de Figueroa
renvoyée à l'examen de M. Monnerot, et une autre de M. De
Joannis demandant l'opinion de la
Société sur ce qu'on doit entendre par type ou variété et
donnant à l'appui de sa manière de voir, déjà exposée
dans son Mémoire sur les Cartes de Finlande, un historique de la
carte-poste en Angleterre.
M. le Secrétaire est chargé de faire un rapport.
MM Eymon, Pio Fabri, Hanciau, Koprowski et Bernheim sont admis,
le dernier comme titulaire.
Après diverses communications relatives aux timbres faites par
divers membres, le Secrétaire lit un travail
qu'il a composé sur les timbres de Djemmon-Kachemir.
L'auteur y donne la tianscription et la traduction de la légende
persane des timbres ronds et essaie la même
opération sur la légende indienne, dont il retrouve plusieurs
caractères dans l'alphabet pendjali. Il montre
que ces timbres, portant en persan Djomoun-Kachmir et en plus les
caractères penjabis Djam, sont pour ces
deux pays, Kachemir étant sous la dépendance du souverain de
Djemmon. Il montre comment il a trouvé les
trois valeurs qu'il a indiquées pour ces timbres, parle du mode
d'impression, des couleurs, du papier; fait
connaitre qu'il existe un type pour chaque valeur, et en outre un
second type plus petit, dont le 1/4 de roupie
seul existe avec une oblitération authentique dans sa
collection. Mais les deux autres valeurs ont été reçues
par M . Maury avec le 1/4 de roupie, neuves et imprimées en
bleu. Il donne les caractères distinctifs des deux types
du 4 annas, et la liste des variétés de couleur qui ont été
reçues.
Il décrit ensuite les rectangulaires, transcrit et interprète
leur légende, les partage en trois émissions, deux
avec le millésime 1923 et la dernière avec 1924 vikrama.
La première grossièrement dessinée, comprend le 1/2 anna rouge
et le 1 anna bleu indigo. La deuxième les
1/4, 2, 4 et 8 annas qui forment avec les antres une série
complète. La troisième avec millésime 1924, se compose
de timbres: noirs 1/2 et 1 anna; bleu 1/2 et 1 anna ; rouge 1
anna. Il décrit les divers types de ces émissions,
parle du 1 anna rouge qui accompagne par erreur les 1/2 anna de
la première émission; rejette l'opinion
qui veut que certains timbres soient spéciaux à des villes et
termine par le projet de classement de ces
timbres (1)
M. Maury défend l'opinion qui attribue au timbre avec trois
barres verticales la valeur de 1/2 anna, en s'appuyant
sur les inscriptions du revers des timbres écrites par les
natifs, et fait connaître qu'il a reçu certains
timbres avec la mention qu'ils étaient pour Jummo, d'autres pour
Kachemir. Il croit que le l/2 anna rouge
est encore en usage à Jummo.
Sur la demande d'un membre, il donne la liste des timbres qu'il a
rencontrés oblitérés.
La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance,
dont l'ordre du jour porte en outre :
Timbres du Luxembourg.
Révision du règlement.
Élection du Bureau pour 1876 et de membres libres, s'il y a
lieu.
Nota. Le projet de révision porte sur l'article 14 et permettra
d'admettre comme correspondants les personnes
demeurant en France en dehors des départements de la Seine et de
Seine et Oise.
Les amateurs, qui, désireux de se faire admettre, ne peuvent le
faire parce qu'ils ne connaissent pas de
membre titulaire, peuvent s'adresser à l'un de MM. les
négociants en timbres, dont l'honorabilité est reconnue
de tous. Sur cette recommandation, un des membres du Bureau se
chargera de la présentation.
A partir du 2 décembre les séances auront lieu, 17, rue Lalhtte
dans les bureaux de la Compagnie du
chemin de fer de Madrid à Saragosse.
(1) Ce travail sera publié au Bulletin.
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